Un jour de 1985, je tombe dans un journal profesionnel de cinéma, sur l'annonce d'un film en préparation de Jean Louis Richard avec Jean Pierre Kalfon et Florence Guérin d'après la BD de Manara : Le Déclic, dont voici un résumé sommaire :
En Louisiane, le docteur Fez (Jean-Pierre Kalfon) a dû
renoncer à sa profession pour accomplir les basses besognes du
richissime Cristiani. Fez ne supporte pas son employeur, et il ne
supporte pas non plus Claudia (Florence Guérin), l'épouse de celui-ci,
une sculpturale bourgeoise puritaine et frigide qui ne daigne même pas
lui jeter un regard. Apprenant par son ami Jackson qu'un scientifique
vient de mettre au point une espèce de télécommande permettant à son
possesseur de contrôler la volonté des rats, Fez décide de prendre sa
revanche sur les Cristiani. Il dérobe la machine encore jamais testée
sur les humains et trouve un moyen d'appliquer ses effets sur Claudia.
Désormais, à chaque fois que Fez actionnera sa télécommande pour faire
retentir une musique bien particulière dans l'esprit de la très snob
Madame Cristiani, celle-ci deviendra une nymphomane tout ce qu'il y a de
plus vulgaire.. Au fil
de ses mésaventures, la belle se retrouve dans des situations plus que
gênantes sous l'influence de la diabolique machine. Pour une fois ce n'est pas le réalisateur mais la maison de production qui était chargée de "caster" run compositeur pour mettre ce chef d'oeuvre en musique. J'ai reçu le scénario et j'ai planché sur un thème musicale et leur ai proposé. Ils m'ont répondu : 'On vous écrira ..." Cela ressemblait fort aux faux appels d'offres de certaines mairies ! J'ai choppé récemment le film sur le net et j'ai rajouté ma musique sur l'une des séquences. Messieurs, essayez quand même d'entendre la musique ! Pensez-vous que j'étais autant hors sujet ?
Mieux vaut tard que jamais. Il y a quelques années je me suis plongé pendant mes grandes vacances dans un livre que je devais être le seul à ne pas avoir lu : "Les trois Mousquetaires" d'Alexande Dumas. Très inspiré par ce récit, j'ai eu envie de le mettre en musique.
J'ai écrit 17 titres. - L'ouverture - D'Artagnan sur son cheval jaune - Dans les rue de Meung - Chez M de Treville - L'Epaule, Le Baudrier, le Mouchoir - Buckingham et la Reine - D'Artagnan file Constance - Le Cardinal - Rêveries de la Reine - Le Galop des Mousquetaires - Sa Majesté le Roi - Le Ballet de Merlaison - D'Artagnan aime Constance - Milady de Winter - L'approche - Le Jugement - L'execution Certains morceaux évoquent le caractère d'un personnage ou illustrent une situation, mais je suis allez beaucoup plus loin dans le triptyque : L'approche - Le jugement - L'execution.
J'ai carrément écrit de la "musique de livre" comme on écrit de la musique de film, synchro avec le récit.
Concernant le chapitre : Le Jugement. Je l'ai séparé en 2 morceaux.
- L'approche, qui est un thème d'une durée de 1'39, appartenant plus à la première catégorie décrite, c'est à dire plus l'illustration d'une situation. Je vous ai coloré cette partie en marron. - Le Jugement
En voici le découpage :
Chapitre LXV Le jugement
C'était une nuit orageuse et sombre, de gros nuages couraient au ciel,
voilant la clarté des étoiles; la lune ne devait se lever qu'à minuit. Parfois, à la lueur d'un éclair qui brillait à l'horizon, on apercevait la
route qui se déroulait blanche et solitaire; puis, l'éclair éteint, tout
rentrait dans l'obscurité. A chaque instant, Athos invitait d'Artagnan, toujours à la tête de la petite
troupe, à reprendre son rang qu'au bout d'un instant il abandonnait de nouveau;
il n'avait qu'une pensée, c'était d'aller en avant, et il allait. On traversa en silence le village de Festubert, où était resté le domestique
blessé, puis on longea le bois de Richebourg; arrivés à Herlies, Planchet, qui
dirigeait toujours la colonne, prit à gauche. Plusieurs fois, Lord de Winter, soit Porthos, soit Aramis, avaient essayé
d'adresser la parole à l'homme au manteau rouge; mais à chaque interrogation
qui lui avait été faite, il s'était incliné sans répondre. Les voyageurs
avaient alors compris qu'il y avait quelque raison pour que l'inconnu gardât le
silence, et ils avaient cessé de lui adresser la parole. D'ailleurs, l'orage grossissait, les éclairs se succédaient rapidement, le
tonnerre commençait à gronder, et le vent, précurseur de l'ouragan, sifflait
dans la plaine, agitant les plumes des cavaliers. La cavalcade prit le grand trot. Un peu au-delà de Fromelles, l'orage éclata; on déploya les manteaux; il
restait encore trois lieues à faire : on les fit sous des torrents de pluie. D'Artagnan avait ôté son feutre et n'avait pas mis son manteau; il trouvait
plaisir à laisser ruisseler l'eau sur son front brûlant et sur son corps agité
de frissons fiévreux. Au moment où la petite troupe avait dépassé Goskal et allait arriver à la
poste, un homme, abrité sous un arbre, se détacha du tronc avec lequel il était
resté confondu dans l'obscurité, et s'avança jusqu'au milieu de la route,
mettant son doigt sur ses lèvres. Athos reconnut Grimaud. «Qu'y a-t-il donc ? s'écria d'Artagnan, aurait-elle quitté Armentières ?» Grimaud fit de sa tête un signe affirmatif. D'Artagnan grinça des dents. «Silence, d'Artagnan ! dit Athos, c'est moi qui me suis chargé de tout,
c'est donc à moi d'interroger Grimaud. – Où est-elle ?» demanda Athos. Grimaud étendit la main dans la direction de la Lys. «Loin d'ici ?» demanda Athos. Grimaud présenta à son maître son index plié. «Seule ?» demanda Athos. Grimaud fit signe que oui. «Messieurs, dit Athos, elle est seule à une demi-lieue d'ici, dans la
direction de la rivière. – C'est bien, dit d'Artagnan, conduis-nous, Grimaud.» Grimaud prit à travers champs, et servit de guide à la cavalcade. Au bout de cinq cents pas à peu près, on trouva un ruisseau, que l'on
traversa à gué. A la lueur d'un éclair, on aperçut le village d'Erquinghem. «Est-ce là ?» demanda d'Artagnan. Grimaud secoua la tête en signe de négation. «Silence donc !» dit Athos. Et la troupe continua son chemin. Un autre éclair brilla; Grimaud étendit le bras, et à la lueur bleuâtre du
serpent de feu on distingua une petite maison isolée, au bord de la rivière, à
cent pas d'un bac. Une fenêtre était éclairée. «Nous y sommes», dit Athos. En ce moment, un homme couché dans le fossé se leva, c'était Mousqueton; il
montra du doigt la fenêtre éclairée. «Elle est là, dit-il. – Et Bazin ? demanda Athos. – Tandis que je gardais la fenêtre, il gardait la porte. – Bien, dit Athos, vous êtes tous de fidèles serviteurs.»Athos sauta à bas
de son cheval, dont il remit la bride aux mains de Grimaud, et s'avança vers la
fenêtre après avoir fait signe au reste de la troupe de tourner du côté de la
porte. La petite maison était entourée d'une haie vive, de deux ou trois pieds de
haut. Athos franchit la haie, parvint jusqu'à la fenêtre privée de contrevents,
mais dont les demi-rideaux étaient exactement tirés. Il monta sur le rebord de pierre, afin que son oeil pût dépasser la hauteur
des rideaux. A la lueur d'une lampe, il vit une femme enveloppée d'une mante de couleur
sombre, assise sur un escabeau, près d'un feu mourant : ses coudes étaient
posés sur une mauvaise table, et elle appuyait sa tête dans ses deux mains
blanches comme l'ivoire. On ne pouvait distinguer son visage, mais un
sourire sinistre passa sur les lèvres d'Athos, il n'y avait pas à s'y tromper;
c'était bien celle qu'il cherchait.
0'00 En ce
moment un cheval hennit : Milady releva la tête, vit, collé à la vitre, le
visage pâle d'Athos, et poussa un cri. Athos comprit qu'il était reconnu, poussa la fenêtre du genou et de la main,
la fenêtre céda, les carreaux se rompirent. Et Athos, pareil au spectre de la vengeance, sauta dans la chambre.
0'11'' Milady
courut à la porte et l'ouvrit; plus pâle et plus menaçant encore qu'Athos,
d'Artagnan était sur le seuil.
Milady recula en poussant un cri. D'Artagnan, croyant qu'elle avait quelque
moyen de fuir et craignant qu'elle ne leur échappât, tira un pistolet de sa
ceinture; mais Athos leva la main. «Remets cette arme à sa place, d'Artagnan, dit-il, il importe que cette
femme soit jugée et non assassinée. Attends encore un instant, d'Artagnan, et
tu seras satisfait. Entrez, Messieurs.»
0'22'' D'Artagnan obéit, car Athos avait la voix solennelle et le geste puissant
d'un juge envoyé par le Seigneur lui-même. Aussi, derrière d'Artagnan,
entrèrent Porthos, Aramis, Lord de Winter et l'homme au manteau rouge. Les quatre valets gardaient la porte et la fenêtre.
0'40'' Milady était tombée sur sa chaise les mains étendues, comme pour conjurer
cette terrible apparition; en apercevant son beau-frère, elle jeta un cri
terrible. «Que demandez-vous ? s'écria Milady. – Nous demandons, dit Athos, Charlotte Backson, qui s'est appelée d'abord la
comtesse de La Fère, puis Lady de Winter, baronne de Sheffield. – C'est moi, c'est moi ! murmura-t-elle au comble de la terreur, que me
voulez-vous ? – Nous voulons vous juger selon vos crimes, dit Athos : vous serez libre de
vous défendre, justifiez-vous si vous pouvez. Monsieur d'Artagnan, à vous
d'accuser le premier.»
1'05'' D'Artagnan
s'avança. «Devant
Dieu et devant les hommes, dit-il, j'accuse cette femme d'avoir empoisonné
Constance Bonacieux, morte hier soir.» Il se
retourna vers Porthos et vers Aramis. «Nous
attestons», dirent d'un seul mouvement les deux mousquetaires. D'Artagnan continua. «Devant
Dieu et devant les hommes, j'accuse cette femme d'avoir voulu m'empoisonner
moi-même, dans du vin qu'elle m'avait envoyé de Villeroi, avec une fausse
lettre, comme si le vin venait de mes amis; Dieu m'a sauvé; mais un homme est
mort à ma place, qui s'appelait Brisemont. – Nous
attestons, dirent de la même voix Porthos et Aramis. – Devant
Dieu et devant les hommes, j'accuse cette femme de m'avoir poussé au meurtre du
baron de Wardes; et, comme personne n'est là pour attester la vérité de cette
accusation, je l'atteste, moi. «J'ai dit.» Et d'Artagnan passa de l'autre côté de la chambre avec Porthos et Aramis. «A vous, Milord !» dit Athos. Le baron s'approcha à son tour. «Devant
Dieu et devant les hommes, dit-il, j'accuse cette femme d'avoir fait assassiner
le duc de Buckingham. – Le duc
de Buckingham assassiné ? s'écrièrent d'un seul cri tous les assistants. – Oui,
dit le baron, assassiné ! Sur la lettre d'avis que vous m'aviez écrite, j'avais
fait arrêter cette femme, et je l'avais donnée en garde à un loyal serviteur;
elle a corrompu cet homme, elle lui a mis le poignard dans la main, elle lui a
fait tuer le duc, et dans ce moment peut-être Felton paie de sa tête le crime
de cette furie.» Un frémissement courut parmi les juges à la révélation de ces crimes encore
inconnus. «Ce n'est pas tout, reprit Lord de Winter; mon frère, qui vous avait faite
son héritière, est mort en trois heures d'une étrange maladie qui laisse des
taches livides sur tout le corps. Ma soeur, comment votre mari est-il mort ? – Horreur ! s'écrièrent Porthos et Aramis. – Assassin de Buckingham, assassin de Felton, assassin de mon frère, je
demande justice contre vous, et je déclare que si on ne me la fait pas, je me
la ferai.» Et Lord de Winter alla se ranger près de d'Artagnan, laissant la place libre
à un autre accusateur. Milady laissa tomber son front dans ses deux mains et essaya de rappeler ses
idées confondues par un vertige mortel. «A mon tour, dit Athos, tremblant lui-même comme le lion tremble à l'aspect
du serpent, à mon tour. J'épousai cette femme quand elle était jeune fille, je
l'épousai malgré toute ma famille; je lui donnai mon bien, je lui donnai mon
nom; et un jour je m'aperçus que cette femme était flétrie : cette femme était
marquée d'une fleur de lys sur l'épaule gauche. – Oh ! dit Milady en se levant, je défie de retrouver le tribunal qui a
prononcé sur moi cette sentence infâme. Je défie de retrouver celui qui l'a
exécutée. – Silence, dit une voix. – A ceci, c'est à moi de répondre !» Et l'homme au manteau rouge s'approcha à son tour. «Quel est cet homme, quel est cet homme ?» s'écria Milady suffoquée par la
terreur et dont les cheveux se dénouèrent et se dressèrent sur sa tête livide
comme s'ils eussent été vivants.
2'19''
Tous les yeux se tournèrent sur cet homme, car à tous, excepté à Athos, il
était inconnu. Encore Athos le regardait-il avec autant de stupéfaction que les autres, car
il ignorait comment il pouvait se trouver mêlé en quelque chose à l'horrible
drame qui se dénouait en ce moment. Après s'être approché de Milady, d'un pas lent et solennel, de manière que
la table seule le séparât d'elle, l'inconnu ôta son masque. Milady regarda quelque temps avec une terreur croissante ce visage pâle
encadré de cheveux et de favoris noirs, dont la seule expression était une
impassibilité glacée, puis tout à coup : «Oh ! non, non, dit-elle en se levant et en reculant jusqu'au mur; non, non,
c'est une apparition infernale ! ce n'est pas lui ! A moi ! à moi !»
s'écria-t-elle d'une voix rauque en se retournant vers la muraille, comme si
elle eût pu s'y ouvrir un passage avec ses mains.
2'52'' «Mais qui êtes-vous donc ? s'écrièrent tous les témoins de cette scène. – Demandez-le à cette femme, dit l'homme au manteau rouge, car vous voyez
bien qu'elle m'a reconnu, elle. – Le bourreau de Lille, le bourreau de Lille !» s'écria Milady en proie à
une terreur insensée et se cramponnant des mains à la muraille pour ne pas tomber.
Tout le monde s'écarta, et l'homme au manteau rouge resta seul debout au
milieu de la salle. «Oh ! grâce ! grâce ! pardon !» s'écria la misérable en tombant à genoux. L'inconnu laissa le silence se rétablir. «Je vous le disais bien qu'elle m'avait reconnu ! reprit-il. Oui, je suis le
bourreau de la ville de Lille, et voici mon histoire.» Tous les yeux étaient fixés sur cet homme dont on attendait les paroles avec
une avide anxiété. «Cette jeune femme était autrefois une jeune fille aussi belle qu'elle est
belle aujourd'hui. Elle était religieuse au couvent des bénédictines de
Templemar. Un jeune prêtre au coeur simple et croyant desservait l'église de ce
couvent; elle entreprit de le séduire et y réussit, elle eût séduit un saint. «Leurs voeux à tous deux étaient sacrés, irrévocables; leur liaison ne
pouvait durer longtemps sans les perdre tous deux. Elle obtint de lui qu'ils
quitteraient le pays; mais pour quitter le pays, pour fuir ensemble, pour
gagner une autre partie de la France, où ils pussent vivre tranquilles parce
qu'ils seraient inconnus, il fallait de l'argent; ni l'un ni l'autre n'en
avait. Le prêtre vola les vases sacrés, les vendit; mais comme ils
s'apprêtaient à partir ensemble, ils furent arrêtés tous deux. «Huit jours après, elle avait séduit le fils du geôlier et s'était sauvée.
Le jeune prêtre fut condamné à dix ans de fers et à la flétrissure. J'étais le
bourreau de la ville de Lille, comme dit cette femme. Je fus obligé de marquer
le coupable, et le coupable, Messieurs, c'était mon frère ! «Je jurai alors que cette femme qui l'avait perdu, qui était plus que sa
complice, puisqu'elle l'avait poussé au crime, partagerait au moins le
châtiment. Je me doutai du lieu où elle était cachée, je la poursuivis, je
l'atteignis, je la garrottai et lui imprimai la même flétrissure que j'avais
imprimée à mon frère. «Le lendemain de mon retour à Lille, mon frère parvint à s'échapper à son
tour, on m'accusa de complicité, et l'on me condamna à rester en prison à sa
place tant qu'il ne se serait pas constitué prisonnier. Mon pauvre frère
ignorait ce jugement; il avait rejoint cette femme, ils avaient fui ensemble
dans le Berry; et là, il avait obtenu une petite cure. Cette femme passait pour
sa soeur. «Le seigneur de la terre sur laquelle était située l'église du curé vit
cette prétendue soeur et en devint amoureux, amoureux au point qu'il lui
proposa de l'épouser. Alors elle quitta celui qu'elle avait perdu pour celui
qu'elle devait perdre, et devint la comtesse de La Fère...» Tous les yeux se tournèrent vers Athos, dont c'était le véritable nom, et
qui fit signe de la tête que tout ce qu'avait dit le bourreau était vrai. «Alors, reprit celui-ci, fou, désespéré, décidé à se débarrasser d'une
existence à laquelle elle avait tout enlevé, honneur et bonheur, mon pauvre
frère revint à Lille, et apprenant l'arrêt qui m'avait condamné à sa place, se
constitua prisonnier et se pendit le même soir au soupirail de son cachot. «Au reste, c'est une justice à leur rendre, ceux qui m'avaient condamné me
tinrent parole. A peine l'identité du cadavre fut-elle constatée qu'on me
rendit ma liberté.
4'22''
«Voilà le crime dont je l'accuse, voilà la cause pour laquelle je l'ai
marquée. – Monsieur d'Artagnan, dit Athos, quelle est la peine que vous réclamez
contre cette femme ?
4'46'' – La
peine de mort, répondit d'Artagnan. – Milord
de Winter, continua Athos, quelle est la peine que vous réclamez contre cette
femme ? – La
peine de mort, reprit Lord de Winter. –
Messieurs Porthos et Aramis, reprit Athos, vous qui êtes ses juges, quelle est
la peine que vous portez contre cette femme ? – La
peine de mort», répondirent d'une voix sourde les deux mousquetaires.
Milady
poussa un hurlement affreux, et fit quelques pas vers ses juges en se traînant
sur ses genoux. Athos étendit
la main vers elle.
4'55'' «Anne de
Breuil, comtesse de La Fère, Milady de Winter, dit-il, vos crimes ont lassé les
hommes sur la terre et Dieu dans le ciel. Si vous savez quelque prière,
dites-la, car vous êtes condamnée et vous allez mourir.»
5'06'' A ces paroles, qui ne lui laissaient aucun espoir, Milady se releva de toute
sa hauteur et voulut parler, mais les forces lui manquèrent; elle sentit qu'une
main puissante et implacable la saisissait par les cheveux et l'entraînait
aussi irrévocablement que la fatalité entraîne l'homme : elle ne tenta donc pas
même de faire résistance et sortit de la chaumière. Lord de Winter, d'Artagnan, Athos, Porthos et Aramis sortirent derrière
elle. Les valets suivirent leurs maîtres et la chambre resta solitaire avec sa
fenêtre brisée, sa porte ouverte et sa lampe fumeuse qui brûlait tristement sur
la table.
En 1981 je suis parti 3 semaines aux Maldives avec Véro et Tommy 10
mois, grâce à l’argent des droits d’auteur que j’ai touché en composant la
musique d’un spot publicitaire. Merci Fruité !!
Un jour mon ami d’enfance Philippe, qui était chef de produit chez
Evian, se voit confier le budget de la boisson « Fruité ».
Fini :« On n'a pas le
tempérament à boire du raplapla - Fruité c’est plus musclé »
Nouveau concept, Fruité Double Fruits : Pommes-cassis et
Framboises-Raisins.
La conception est confiée à l’agence Havas.
Le réalisateur du film sera un français exilé aux Etats-Unis : Jean Marie
Périer. (c’est fou !)
L’agence propose de mettre plusieurs compositeurs en concurrence.
Philippe me pistonne pour faire partie du ‘Casting’.
C’est ce qu’on appelle un demi-piston.
L’agence Havas qui n’avait jamais entendu parler de moi, a rapidement essayé de
m’éliminer.
Mais Philippe est emballé par ma version et lutte pour me maintenir la tête
hors de l’eau.
Finalement, il copie toutes les différentes versions proposées par tous les
compositeurs, sur une cassette et avec un lecteur portable, part faire une étude de marché dans tout l'immeuble de B.S.N (le Groupe Evian, Badoit, Fruité etc ..)
Des secrétaires au gardien du parking, Il leur a fait faire un blind-test. William Shellera perdu, mais est devenu une star reconnue et
prolifique.
Moi j’ai gagné mais je n’ai fait que
ça !!!
Maisje suis fier d’avoir gagné grâce à
ma musique.
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Autopsie d'un jingle publicitaire
Je vous propose de ne poursuivre la lecture de cet article que si vous
êtes intéressé par la génèse de la création de cette musique. C’est un peu un
voyage dans un laboratoire. C’est assez technique et d’une médiocre qualité
sonore, mais personnellement, je trouve assez intéressant d’explorer le
mécanisme de recherches et créations.
Au départ nous avions tous le même texte à mettre en musique sur 30’ :
Connaissez-vous Double Fruits de Fruité
Double plaisir, c’est FruitéFramboise-Raisin
Double plaisir, c’est FruitéPomme-Cassis
C’est la boisson que l’on sert
Aux enfants comme à leur père
On a plaisir à en boire
Le matin comme le soir.
J’ai donc cherché un thème musical de 30‘ pour accompagner ce très
beau texte.
J’ai trouvé 5 mélodies de style volontairement très différent que j’ai proposées
à l’agence Havas.
Voici les 4 premières.
A noter
que dans la fin du thème 4 on voit naitre le pont du thème 5 qui sera retenu. :
C’est la boisson que l’on sert.
Aux enfants comme à leur père
On a plaisir à en boire
Le matin comme le soir
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Soudain j’ai trouvé un truc en désobéissant …
J’ai triché ! Pendant que les autres composaient sur ce texte,je l’ai restructuré comme une chanson :
Couplet +Refrain
Connaissez-vous Double Fruits de Fruité ?
FruitéFramboise-Raisin
FruitéPomme-Cassis
C’est la boisson que l’on sert
Aux enfants comme à leur père
FruitéFramboise-Raisin
FruitéPomme-Cassis
On a plaisir à en boire
Le matin comme le soir.
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Et c’est devenu un tube publicitaire, reconnu par toutes les agences
mais malheureusement j’ai découvert que le marché de la musique de pub était
verrouillé par les compositeurs de renom qui y arrondissaient leurs fins de mois
entre deux musiques de films (Vladimir Cosma, Jean Claude Vannier etc). Bref,
sans réseau, même avec un tube reconnu on ne peut pas pénétrer dans ce monde
fermé de la publicité. Surtout sans fréquenter "les gens de la nuit" dans les endroits branchés …
Pour l’anecdote la choriste est Liliane Davis qui entre-autres, a
doublé Dominique Sanda dans le film de Jacques
Demy : « Une chambre en Ville ».
Et le batteur était un certain Bernard Wantier dit Minet, qui est devenu quelques années plus tard le batteur de
l’orchestre de Dorothée : ‘Les Musclés’. Il connut son heure de gloire en
chantant les génériques de Goldorak et Bioman.
Un certain Michel Fugain se recyclant lui aussi dans la musique alimentaire, a enregistré une version au cours d'une séance qu'il faisait avec l'agence de pub, mais comme j'avais déjà rafflé tous les sous, il n'en restait plus assez pour lui.
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Je voudrais juste terminer avec un clin d'oeil à André Torrent.
En 1973, je deviens l’assistant d’André Torrent, pour une émission
hebdomadaire qu’il allait animer « Hit magazine spécial RTL. »C’était une déclinaison radiophonique du
magazine du même nom. Un genre «Salut les Copains» près de 10 ans plus tard.
Je m’installe face à lui. Nos deux bureaux sont face à face,
l’un contre l’autre.
Je pose mon attaché-case devant moi. Je fais glisser le
bouton de la serrure. Clic!
Je soulève le «couvercle» (la partie supérieure) et
lorsqu’il atteint sa position finale, 90 degrés plus tard, j‘entends un
clac! Il vient de percuter le vase qui était derrière. Celui-ci tombe sur nos
bureaux et répand toute la flotte qu’il contenait, détrempant ainsi les
déclarations d’impôts qu’André était en train de remplir.
- L’Angoisse ! s’écria –t- il
C’était notre premier contact.
C’est devenu mon surnom.
8 ans plus tard, il anime un faux jeu publicitaire dans lequel il propose à un auditeur de deviner si le jingle Fruité va se terminer en Jazz ou en disco ... Il ne saura jamais jusqu'a aujourd'hui que le compositeur n'était autre que "l'Angoisse"
Je vous propose de terminer cette "saga Fruité" par l'illustration de ce jeu et par quelques versions que j'ai arrangées pour cette occasion. Encore bravo à Liliane pour l'énorme talent dont elle fait preuve dans cet exercice de style.